IA juridique
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IA juridique : qui choisit le modèle, cabinet ou éditeur ?

Par Amine Gaaliche · brouillon rédigé avec Claude, relu et corrigé à la main

Sur une plateforme d'IA juridique, le modèle qui traite les documents des clients est le plus souvent choisi par l'éditeur, en fonction de ses propres coûts. Harvey en a donné un exemple très net en 2026.

Ce qui s'est passé chez Harvey

Les fournisseurs de modèles facturent au volume de texte traité, compté en tokens. Harvey a indiqué que sa consommation de tokens avait été multipliée par 20 depuis le début de l'année. Bloomberg a rapporté ce chiffre le 22 septembre 2026.

Bloomberg a aussi cité une personne au fait du dossier. Selon elle, la marge brute de Harvey est passée d'environ 50 % au début de l'année à -50 % en juin. Ce chiffre ne vient donc pas de Harvey. D'après des personnes proches du projet, la marge est redevenue positive après l'arrivée de Tenet.

Tenet, premier modèle juridique conçu par Harvey, est sorti en août 2026. Il a été construit à partir de Kimi K3, un modèle à poids ouverts publié en juillet par la société pékinoise Moonshot AI, puis entraîné sur des tâches juridiques.

Tenet s'ajoute aux autres modèles de la plateforme. D'après une diapositive présentée par Anthropic à ses investisseurs, et rapportée par Bloomberg, Harvey a encore besoin de Claude Opus pour ses tâches les plus difficiles.

Gabe Pereyra, cofondateur de Harvey, a expliqué au site The Next Web que Harvey oriente déjà chaque tâche vers le modèle qui lui convient le mieux. En mars 2026, Harvey citait parmi ses modèles Claude Opus 4.6, Sonnet 4.6, GPT-5.2 et Gemini 3 Flash.

Une décision raisonnable, prise par l'éditeur

Cet article ne reproche rien à Harvey ni à Legora. Quand les coûts augmentent aussi vite, construire son propre modèle sur une base ouverte est une décision de gestion sensée. Shawn Curran, de la société Jylo, l'a dit en juin 2026 au site Artificial Lawyer : personne ne va financer les éditeurs d'IA juridique « à volonté ». Selon lui, le coût des tokens monte à mesure que l'IA prend en charge des tâches plus longues et plus autonomes.

La question n'est donc pas de savoir si cette décision était bonne, mais qui l'a prise. C'est Harvey qui a choisi le modèle chargé d'une partie des tâches de ses clients. Les cabinets avaient confié ce choix au fournisseur en signant leur contrat.

La même situation peut se produire chez n'importe quel éditeur. Un changement de prix, un nouvel accord d'hébergement ou un modèle plus performant suffit. Un fournisseur dont les coûts évoluent adapte ses modèles, et c'est son métier.

Le modèle se remplace, le savoir-faire beaucoup moins

Les modèles sont devenus interchangeables, et les grands cabinets en utilisent déjà plusieurs. L'ILTA, une association internationale de professionnels des technologies juridiques, a interrogé 508 cabinets membres pour son enquête 2026. Ses membres sont surtout nord-américains. Selon LawSites, 44 % de ces cabinets utilisent ou évaluent Claude, 43 % Harvey, 44 % CoCounsel et 16 % Legora. Copilot atteint 76 %.

Parmi les cabinets de plus de 700 avocats, Harvey monte à 84 %, Claude à 64 % et Legora à 47 %. Au moins 48 % de ces cabinets utilisent ou évaluent donc à la fois Harvey et Claude. Ces pourcentages comptent les cabinets qui utilisent un outil ou qui l'évaluent. Aucun de ces chiffres ne vient d'un barreau ou d'un régulateur européen.

Ce qui retient un cabinet se trouve ailleurs. D'abord, le savoir-faire accumulé dans la plateforme : trames de prompts, processus, consignes de rédaction. Harvey indiquait le 10 février 2026 que ses clients avaient créé 25 000 processus personnalisés sur son outil. Ensuite, l'examen de sécurité et de conformité, que chaque nouvel outil oblige à refaire : questionnaires de sécurité, analyse des risques, réponses aux clients.

S'y ajoute le contrat lui-même. Selon un porte-parole de Harvey cité par Fast Company en 2025, un grand cabinet s'engage sur au moins 100 licences, pour une durée d'un an minimum. La dépendance tient à cette durée et à ce que vous construisez dans l'outil. Le modèle, lui, peut changer sans que vous ayez votre mot à dire.

Le cas de Legora

Legora est présent en France, et la question s'y pose dans les mêmes termes. Anthropic indique que Legora utilise Claude dans l'ensemble de sa plateforme. Legora ne publie pas de liste complète de ses modèles. Le mécanisme reste le même : c'est l'éditeur qui choisit le modèle, et il peut faire un autre choix plus tard.

Ce qu'un cabinet peut garder en interne

Un cabinet peut garder le choix tout en utilisant une plateforme. Il lui suffit de garder la main sur deux choses : son savoir-faire et les données qui quittent le cabinet. Le cabinet choisit alors une plateforme, et la conserve, pour ce qu'elle lui apporte réellement.

Pour le savoir-faire, conservez vos trames de prompts et vos guides de procédure dans vos propres fichiers. Rédigez-les d'abord en interne, puis copiez-les dans l'outil. Avant de signer, demandez par écrit au fournisseur si vos processus peuvent être exportés, dans quel format et dans quel délai. Cette réponse écrite comptera au moment du renouvellement du contrat.

Pour les données, retirez les identifiants des documents sur vos propres postes, avant tout envoi. L'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 place sous le secret professionnel les consultations, les correspondances et les pièces du dossier. Le Conseil national des barreaux en reprend le principe à l'article 2 du règlement intérieur national. Côté RGPD, le fournisseur est votre sous-traitant, et la CNIL attend un contrat conforme à l'article 28.

Un document dont les identifiants ont été retirés n'en reste pas moins confidentiel. La stratégie d'un client reste couverte par le secret professionnel, même sans son nom. Utilisez donc aussi un compte professionnel dont les contenus ne servent pas à entraîner les modèles.

Ce que fait promptShield

promptShield retire les identifiants sur votre ordinateur. Avec Encoder, les noms, adresses, numéros de compte et autres identifiants deviennent des codes courts. Un code a par exemple la forme [P0ABCD], et sa première lettre indique le type de donnée.

Dans un même dossier, une valeur garde le même code. Le modèle peut ainsi suivre les parties d'un document à l'autre. Dans deux dossiers différents, une même valeur reçoit des codes différents.

Les codes sont du texte brut. Vous pouvez donc envoyer le document codé à l'outil de votre choix : Claude, ChatGPT ou une plateforme juridique. La fonction Décoder rétablit ensuite les vraies valeurs dans la réponse, à partir du Registre de codes conservé sur votre poste. Le principe est détaillé dans notre article sur le caviardage réversible.

La détection, la reconnaissance de texte et le caviardage se font par défaut sur votre machine. Une exception : la couche facultative Analyse approfondie peut être configurée pour utiliser un modèle distant, et le texte des pages quitte alors votre ordinateur. Pour savoir ce que le prix d'une plateforme permet réellement d'obtenir, lisez notre article sur les plateformes d'IA juridique.

Questions fréquentes

Un cabinet peut-il changer d'outil d'IA juridique en cours de contrat ?

Cela dépend du contrat signé. Un engagement d'un an sur 100 licences, comme celui que décrit Harvey, court en principe jusqu'à son terme. Demandez par écrit, avant de signer, quelles sont les conditions de sortie et ce que vous pourrez récupérer.

Quel modèle Harvey utilise-t-il aujourd'hui ?

Harvey en utilise plusieurs. Depuis août 2026, il dispose de Tenet, son propre modèle construit sur Kimi K3. Il utilise aussi Claude Opus pour ses tâches les plus difficiles, selon une diapositive d'Anthropic rapportée par Bloomberg.

Legora repose-t-il sur Claude ?

Selon Anthropic, Legora utilise Claude dans l'ensemble de sa plateforme. Legora ne publie pas la liste complète de ses modèles, et ce choix reste le sien.

Comment garder la maîtrise de ses trames de prompts ?

Rédigez-les et conservez-les dans les fichiers du cabinet, puis copiez-les dans l'outil. Vous pourrez ainsi les reprendre chez un autre fournisseur sans dépendre d'une fonction d'export.

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