Un cabinet d'avocats paie Harvey ou Legora surtout pour répondre à une question de ses clients : où vont nos documents ? Le reste du prix correspond à de vrais outils, conçus pour le travail juridique. La réponse sur le sort des données, un cabinet peut aujourd'hui la construire lui-même. Il reste alors libre de choisir une plateforme spécialisée pour ses fonctionnalités, en achetant moins de licences.
Les mêmes modèles que ceux du marché
Harvey a commencé avec les modèles d'OpenAI. En mai 2025, il a ajouté ceux d'Anthropic et de Google, accessibles via AWS Bedrock et Google Vertex. En mars 2026, il citait Claude Opus 4.6, Sonnet 4.6, GPT-5.2 et Gemini 3 Flash.
Votre cabinet peut accéder directement à ces modèles par abonnement. Ce que Harvey vend en propre, c'est ce qu'il construit autour d'eux. Legora, présent en France, vend le même type de plateforme.
Ce que couvre le prix
Une partie du prix rémunère un vrai travail : des processus juridiques automatisés, des bases documentaires, des intégrations avec les logiciels du cabinet.
L'autre partie est une réponse contractuelle à la question des clients. Harvey impose à chaque fournisseur de modèles trois engagements : aucune conservation des données, aucune relecture humaine, aucun entraînement sur les contenus des clients. Ces garanties ne sont pas anodines : un associé peut les présenter à un client inquiet.
Cette réponse a un prix d'entrée. Selon un porte-parole de Harvey cité par Fast Company en 2025, un grand cabinet doit prendre au moins 100 licences, pour un an au minimum. Harvey ne publie pas ses tarifs, et les montants relayés en ligne se contredisent : nous n'en citerons aucun.
Ce qui lie le cabinet tient donc au contrat : un minimum de licences et une durée d'engagement. Aucun verrou technique ne s'y ajoute.
Ce que mesure le banc d'essai de Vals AI
En octobre 2025, Vals AI a soumis 210 questions de recherche en droit américain à des outils d'IA et à des avocats. D'après LawSites, ChatGPT a obtenu 80 % de réponses exactes. Les trois outils juridiques spécialisés se sont situés entre 79 % et 81 %. Les avocats atteignent 71 % en moyenne.
Ce résultat a ses limites. Il porte sur le droit américain, et Thomson Reuters, LexisNexis et vLex n'y ont pas participé. Il indique toutefois que, sur ce type de question, un assistant généraliste fait presque jeu égal avec les outils spécialisés.
Le secret professionnel ne s'arrête pas aux noms
En France, l'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 pose le secret professionnel de l'avocat en toutes matières. Il couvre les consultations, les correspondances, les notes d'entretien et toutes les pièces du dossier. Les noms des clients n'en sont qu'une petite partie.
Un document dont on a retiré les identifiants reste donc confidentiel. La stratégie, les termes d'un accord ou un fait qui désigne à lui seul le client y figurent encore. Le RGPD s'applique en outre dès que des données personnelles subsistent, sous le contrôle de la CNIL.
Aux États-Unis, l'American Bar Association a publié son avis formel 512 le 29 juillet 2024. Il exige le consentement éclairé du client avant de confier des informations du dossier à une IA qui se sert des données saisies pour s'entraîner. Une clause type dans la lettre de mission n'y suffit pas. Cet avis ne s'applique pas en France ; il montre comment la profession aborde la question outre-Atlantique.
Pour la position de votre ordre, reportez-vous aux publications du Conseil national des barreaux et de votre barreau.
Deux précautions complémentaires
Le premier geste consiste à utiliser un compte professionnel dont les contenus ne servent pas à entraîner les modèles. OpenAI indique que les échanges sur ChatGPT Enterprise, ChatGPT Business, Edu et son API ne servent pas à l'entraînement par défaut. Anthropic dit la même chose de ses offres commerciales. Ce qui change selon le type de compte fait l'objet d'un article distinct.
Le second geste consiste à retirer les identifiants avant que le document quitte votre poste. Le compte professionnel encadre ce que le fournisseur fait du texte. Le retrait des identifiants réduit ce que ce texte révèle. En combinant les deux, le cabinet répond lui-même à la question de ses clients.
Ce que fait promptShield
promptShield, c'est nous : nous ne sommes donc pas neutres sur ce sujet. Notre application agit sur votre poste, avant tout envoi. La fonction Détecter repère les noms, les adresses, les numéros de compte et d'autres identifiants. Vous relisez ensuite chaque valeur.
Encoder remplace chaque identifiant par un code court dont la première lettre indique le type, sur le modèle de [P0ABCD]. Dans un même dossier, une valeur garde son code d'un document à l'autre : l'IA peut suivre les parties. Deux dossiers différents reçoivent des codes différents.
Décoder rétablit les valeurs d'origine à partir du Registre de codes, sur votre machine, depuis un fichier ou un texte collé. Le mécanisme est détaillé dans notre article sur le caviardage réversible.
La détection, la reconnaissance de texte et le caviardage s'exécutent sur votre poste par défaut. L'Analyse approfondie, facultative, fait exception : elle peut être configurée pour utiliser un modèle distant. Le texte des pages quitte alors votre machine.
Le choix n'est plus exclusif
Entre mai et octobre 2026, quatre grands acteurs ont lancé une offre juridique. Anthropic a ouvert Claude for Legal le 12 mai, puis Google a présenté Gemini Enterprise for Legal en préversion le 25 août. OpenAI a suivi le 17 septembre avec Astra for Law, réservé à de grands cabinets sélectionnés. Microsoft a lancé Copilot for Legal le 15 octobre.
Ces offres ne remplacent pas les plateformes spécialisées : elles s'y ajoutent. Harvey fonctionne dans Microsoft 365 Copilot depuis juin 2026. Claude for Legal se connecte à une vingtaine de plateformes juridiques, dont Westlaw, CoCounsel, iManage, NetDocuments et Harvey.
Un cabinet qui règle lui-même la question des données peut acheter Harvey ou Legora pour leurs fonctionnalités, et non plus par nécessité. Il peut aussi limiter les licences aux équipes qui s'en servent. Pour transformer cette réponse en règle écrite, consultez notre article sur la charte IA du cabinet.
Questions fréquentes
Le secret professionnel permet-il d'utiliser Claude ou ChatGPT sur un dossier ?
Le secret ne vise aucun outil en particulier : il couvre tout le dossier, et l'avocat en répond. Un compte professionnel dont les contenus ne servent pas à l'entraînement, joint au retrait des identifiants, réduit le risque sans le supprimer.
Harvey ou Legora utilisent-ils leurs propres modèles ?
Harvey s'appuie sur des modèles d'Anthropic, de Google DeepMind et d'OpenAI. Sa valeur propre tient aux outils juridiques construits autour de ces modèles et aux engagements qu'il impose aux fournisseurs. Nous n'avons pas trouvé de liste équivalente pour Legora.
Un document anonymisé reste-t-il couvert par le secret ?
Oui, il le reste. Le secret couvre les consultations, les correspondances et les pièces du dossier, pas seulement les noms. La stratégie et les termes d'un accord restent confidentiels après le retrait des identifiants.
Faut-il un compte professionnel plutôt qu'un compte gratuit ?
Oui, pour tout document de travail. OpenAI et Anthropic indiquent que leurs offres professionnelles n'utilisent pas vos contenus pour l'entraînement par défaut. Retirez quand même les identifiants : le compte ne rend pas le texte moins confidentiel.